Plus esclaves, mais frères et sœurs

"Mettez l'environnement et la traite des êtres humains en tête dans vos agendas"
                                                                     Le Pape François aux maires, 21 juillet 2015

La lutte contre le trafic humain est un engagement prioritaire du Pape François. Il qualifie cette forme moderne d'esclavage "une plaie ouverte dans le corps de la société contemporaine."

Dans son encyclique "Laudato Si", il insiste sur le lien entre écologie et trafic humain. Au paragraphe 91, nous lisons : "le sentiment d'union intime avec les autres êtres de la nature ne peut pas être réel si en même temps il n'y a pas dans le cœur la tendresse, la compassion et la préoccupation pour les autres êtres humains. L'incohérence est évidente de la part de celui qui lutte contre le trafic d'animaux en voie d'extinction mais qui reste complètement indifférent face à la traite des personnes, se désintéresse des pauvres ou s'emploie à détruire un autre être humain qui lui déplait. Ceci met en péril le sens même de la lutte pour sauvegarder la création."

Le Pape montre sa grande préoccupation pour les victimes de la traite des êtres humains. Son souci des victimes s'ancre dans une approche théologique de "l'écologie humaine".

L'Eglise a fixé la date du 8 février, fête de Ste Bakhita, patronne des victimes de la traite. La communauté catholique mondiale prie ce jour-là pour les victimes décédées et les survivants du trafic humain et pour ceux qui le combattent. Ste Bakhita a porté toute sa vie les nombreuses cicatrices reçues depuis qu'elle a été kidnappée au Soudan, à 9 ans, et a été vendue comme esclave. Le traumatisme subi était si grand qu'elle en a oublié son nom. Ses kidnappeurs lui donnèrent le nom de Bakhita signifiant "qui a de la chance". Coups de fouet et mauvais traitements faisaient partie de sa vie quotidienne. Lorsqu'elle fut vendue à une famille italienne, sa vie se trouva transformée. Pour la première fois, elle fit l'expérience de la bonté et du respect.

Theresa May, ministre de l'Intérieur en Grande Bretagne a fait adopter par le Parlement la loi de 2015 sur l'Esclavage Moderne. Ce décret a reçu l'approbation royale le 26 mars 2015. Theresa May a participé à la conférence sur la traite des êtres humains au Vatican. Elle a pris à cœur les préoccupations du Pape sur ce problème. Elle a visité l'une des maisons-refuges et passé beaucoup de temps à parler avec les victimes.

Cette loi sur l'esclavage moderne est la première de ce genre en Europe et dans le monde. Elle est spécifiquement dirigée contre l'esclavage et le trafic humain du XXIe siècle.

Theresa May écrit : "Cet esclavage moderne dans la société d'aujourd'hui est un affront à la dignité et à l'humanité de chacun d'entre nous. La loi de 2015 est un évènement historique. Elle envoie un signal des plus forts aux criminels : si vous participez à ce commerce ignoble, vous serez arrêtés, jugés et incarcérés. Elle dit aux victimes : vous n'êtes pas seules, nous sommes là pour vous aider. Notre travail est loin d'être achevé et chacun, dans tous les secteurs de la société, doit tenir son rôle. Mais nous, en tant que Nation, nous pouvons être fiers qu'aujourd'hui, nous soyons plus près de renvoyer l'esclavage aux livres d'histoire auxquels il appartient."

Que faisons-nous dans la Province d'Angleterre ?

La "Société Médaille" poursuit son développement dans ce travail en faveur des victimes de ce trafic. Elle a été initiée par des Congrégations de religieuses catholiques à Southampton, Angleterre, en 2006. Sœur Ann Teresa, SSJA, a été le fer de lance de cette œuvre.

Initialement, le but de l'œuvre était de venir en aide aux femmes sexuellement exploitées du Royaume Uni. Depuis 2006, plus de 60 Congrégations religieuses nous ont aidées en donnant des propriétés, de l'argent, en aidant bénévolement ou en priant. Actuellement nous aidons des hommes et des femmes dans 7 maisons-refuges en différents lieux du Royaume Uni. De nombreux bénévoles offrent des cours d'art et d'anglais aux femmes. Certains donnent leur temps à l'écoute des victimes, ce qui les aide à retrouver l'estime d'elles-mêmes et à créer des relations positives.

Récemment l'œuvre a développé des partenariats internationaux dans les pays d'où viennent de nombreuses victimes. Le Vietnam est l'un de ces pays. Depuis 1990, 400 000 femmes et enfants y ont été vendus. Quelques membres de la Société Médaille sont allés au Vietnam cette année pour faire le lien avec la Société Hagar (organisation anti-traite principalement pour l'Afghanistan, le Cambodge et le Vietnam).

La Société Médaille est aussi active avec RENATE (religieuses en Europe travaillant en réseaux - network- contre la traite et l'exploitation des êtres humains). Cette année des responsables ont rejoint RENATE pour une formation, à Madrid. L'objectif de RENATE : coordination et efficacité des nombreux groupes catholiques impliqués dans la lutte contre la traite des êtres humains.

                        "Seigneur, sois devant nous pour nous guider,
                                               derrière nous pour nous stimuler,
                                                                       en nous pour te servir."

                                                                                                                      Sœur Henrietta